Chapitre 3 : s'en battre les poulpes

29.01.2018

Tout avait pourtant bien commencé… Une cousinade en Bretagne : gourmandises, chaleur des retrouvailles et souvenirs d’enfance que l’on se remémore avec bonheur. Et là, au détour d’un petit four, le cousin Gégé fonce vers moi de sa démarche aussi lourde que ses blagues.

— Alors, y paraît que t’as arrêté de bosser ? me demande-t-il en finissant de mâcher un canapé au saumon.

— Non, j’ai seulement changé de métier, dis-je en essuyant un postillon, j’écris des romans, maintenant.

— C’est ce que je disais : tu te la coules douce ! De toute façon, ajoute-t-il, les femmes, c’est mieux à la maison !

La surprise me laisse sans voix. Pourtant, j’aurais pu me douter de la tournure que prendrait la conversation. Gégé et ses préjugés, c’est tout un poème !

— Et ça parle de quoi, ton bouquin ? demande-t-il alors.

— D’une femme battue qui prend sa revanche et se reconstruit.

— Les femmes, c’est comme les poulpes, faut les battre pour les attendrir !

Poissonnier de profession, Gégé nous a habitués à ses métaphores aussi visqueuses que ses maquereaux. Je prends une longue inspiration.

— Tu sais que c’est très sexiste comme remarque ?

Après m’avoir jeté un regard de merlan frit, il part d’un éclat de rire tonitruant qui suinte le mépris et l’arrogance.

Je lui mets un coup de boule, là, tout de suite, maintenant ?!

Je ne sais pas ce qui me retient ! Enfin, si je sais : mon éducation, « La violence ne résout rien » m’ont appris mes parents ; le manque d’entraînement : mon expérience dans ce domaine étant exclusivement cinématographique, et, surtout, la peur de me blesser : la dureté de sa tête est inversement proportionnelle à sa subtilité.

— Je vois ! s’exclame-t-il. T’es une de ces féministes à la con !

— En fait, là, je suis plutôt une féministe qui parle à un con.

Son rire s’étrangle dans sa gorge, tandis que mes paroles se fraient un chemin dans son cerveau empâté. Lorsque j’aperçois son teint rougeaud virer au blême, je vis un moment de pure jubilation.

— A plus, Gégé, lui dis-je en m’éloignant, bien le bonjour à tes mollusques !

La suite au prochain chapitre !

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