Défi d'écriture : 1 mois, 1 roman !

En quoi consiste-t-il?

EN QUOI CONSISTE-T-IL? 

Du 15 janvier au 14 février, j'écris un roman en temps réel et je vous propose chaque jour un nouveau chapitre! Si tout va bien (et si, grâce à votre aide, j'ai tenu la distance!), l'histoire s'achèvera donc à la Saint-Valentin!

 

QUELS INGRÉDIENTS POUR COMMENCER? 

  • un genre (dans la lignée de ceux que je traite habituellement, mais vous verrez, cette fois-ci, je change de point de vue!),

  • deux personnages très différents et contraints de faire un bout de chemin ensemble (un classique, mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous divulgâcher l'histoire!)

  • un lieu: une grande ville en France.

J'AI BESOIN DE VOUS!

L'histoire évoluera ensuite au gré de mon inspiration ainsi que de vos réactions et commentaires! Découvrez ci-dessous les premiers chapitres!

 

Si vous avez envie de...

  • suivre l'avancement du roman,

  • participer en direct à son élaboration,

  • et de passer un bon moment de lecture,

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A bientôt, 

Adriana

1.

  

Lyon, mercredi 15 janvier 2020, 10 heures.

 

Après deux semaines de rêve aux Seychelles, le retour à l’agence a un goût amer. Je suis néanmoins content de retrouver un peu d’actions. Le pluriel s’impose quand on est chargé de la gestion de portefeuille au sein de la plus grosse banque de la région ! Le sable et les cocotiers, c’est sympa, mais rien ne remplace l’adrénaline de la finance !

Lorsque j’arrive au quatrième étage, je suis surpris par l’effervescence inhabituelle qui règne dans l’open space. Ce doit être le mauvais temps. Ou les soldes…

À l’accueil, Charlotte me salue. Moins joyeusement qu’à son habitude. C’est peut-être la présence de la stagiaire qui la perturbe. Rien d’étonnant, d’ailleurs… Avec sa chemise verte, cette dernière est aussi appétissante qu’une salade flétrie.

— Le directeur adjoint t’attend dans son bureau, Enzo, m’annonce Charlotte.

Je m’esclaffe.

— Dès que je quitte cette boîte, elle frôle la faillite ! « Un seul maître vous manque et tout est dépeuplé » !

Ma conquête d’un soir me regarde d’un air blasé. Je ne sais pas ce qu’elle a aujourd’hui, mais elle est vraiment chiante !

— C’est une citation de Sartre, dis-je.

Elle ne répond pas. En tout cas, elle aura appris quelque chose !

La stagiaire intervient.

— En fait, la vraie citation, c’est : « Un seul ÊTRE vous manque et tout est dépeuplé » et elle vient de Lamartine.

Pourquoi elle l’ouvre, celle-là ? On ne l’a pas sonnée, la laitue, que je sache !

Je la fusille du regard, elle se ratatine sur son siège, puis baisse la tête et se cache sous les bouclettes jaunâtres qui lui servent de cheveux. Je me suis trompé de salade, cette fille, c’est une frisée, en fait !

— J’aimerais qu’on discute, dit Charlotte à voix basse. En privé. On peut se voir au déjeuner ?

Toutes ces femelles commencent à me courir sur le haricot ! Pourtant, je suis un type réglo : à chaque fois que je couche avec une fille, je mets les points sur les I : c’est juste un plan cul, zéro engagement, zéro sentiment, donc zéro déception ! Mais non, il faut toujours qu’elles s’accrochent, qu’elles pleurnichent… Je pousse un long soupir.

— Écoute, ma jolie, nous avons passé un bon moment ensemble, mais ça s’arrête là. Je préfère qu’on reste amis, c’est mieux pour tout le monde.

— C’est important. Je…

Elle est interrompue par la sonnerie de son téléphone. Ouf, sauvé par le ding dong ! Elle décroche d’un air las, puis annonce :

— Monsieur Gauthier demande pourquoi tu n’es pas encore dans son bureau.

— J’y vais ! dis-je en m’élançant. À plus tard !

Voilà une expression que j’aime bien : elle n’engage à rien ! Je traverse l’open space à grandes enjambées et m’apprête à frapper à la porte, mais elle s’ouvre comme par enchantement.

— Salut, Christian ! dis-je à mon ami.

— Entre, Enzo ! Assieds-toi.

Son ton paraît bien las. Cette journée est de plus en plus bizarre.

— Tu sais, lui dis-je en m’installant dans un confortable fauteuil en cuir, tu devrais partir aux Seychelles, rien de tel pour se refaire une santé. Surtout quand tu passes la journée – et la nuit –, en compagnie d’une bombe…

Il hoche la tête par politesse. D’habitude, il est le premier à me soutirer tous les détails croustillants ! Que lui arrive-t-il ?

Soudain, la lumière se fait !

— Ça y est : tu es triste parce que le Père Fouras a pris sa retraite !

Il me lance un regard réprobateur et répond d’un ton lugubre.

— Ne l’appelle pas comme ça. C’est un type bien. Et il a beaucoup souffert de ce surnom que tu lui as donné, si tu veux savoir.

— Ce n’est quand même pas de ma faute si, en entrant dans son bureau, on avait l’impression de passer une épreuve de Fort Boyard !

Il pousse un soupir.

—  Je viens de comprendre ! dis-je soudain, c’est à cause du nouveau DRH ! Vu ta tête, on a du souci à se faire !

— Toi surtout…

Je fronce les sourcils. La conversation prend un tour étrange.

— Que veux-tu dire ?

— En fait, le DRH est…

Il s’arrête au beau milieu de sa phrase : la porte de son bureau vient de s’ouvrir à la volée.

— Madame ! s’exclame-t-il en me lançant un regard d’avertissement et en se précipitant pour serrer la main de la femme qui vient d’entrer.

Je suis sous le choc.

Non seulement je réalise que le directeur est une directrice, mais, en outre, que c’est la plus belle femme que j’aie jamais vue. À côté d’elle, la bombe des Seychelles peut aller se rhabiller !

 

 2.

 

 

Grande, élégante et sophistiquée, elle porte un tailleur noir satiné qui met en valeur ses longues jambes. Son rouge à lèvres rose transcende son teint diaphane. Je suis en apesanteur.

Elle serre la main de Christian et se tourne vers moi, l’air interrogatif. Je retombe sur terre, me lève aussitôt et m’approche. Hélas, juste à ce moment-là, son portable sonne.

— Excusez-moi ! s’exclame-t-elle en m’adressant un sourire et en se précipitant dans le couloir.

Caché derrière la porte, je me laisse aller à une explosion de joie. Christian tente de me calmer en accompagnant ses gestes de « Chut ! » embarrassés.

Je murmure :

— Pourquoi ne m’as-tu pas dit que notre nouvelle DRH, c’était Miss Univers ! Tu voulais la garder pour toi ?

— Ne raconte pas de bêtises ! J’ai assez à faire avec mon ex. Et je ne crois pas qu’on joue dans la même cour !

— Moi, en revanche, je n'ai pas d'attache, je suis un spécialiste de la cour et j’ai l’esprit joueur ! Pas que l’esprit, d’ailleurs…

— Ça suffit, Enzo ! Je t’ai déjà prévenu, on ne mélange pas les sentiments et le boulot.

— Qui parle de sentiment ?

J’ai beau ironiser, l’apparition de cette femme m’a vraiment ému. Mon cœur danse la salsa, tandis qu’une délicieuse et grisante vibration s’invite dans mes membres. Est-ce cela le coup de foudre ?

— Elle va te manger tout cru, ajoute Christian d’un ton las.

— Mais je ne rêve que de ça, mon vieux !

Il pousse un long soupir et se laisse tomber dans son fauteuil.

Miss Univers a terminé son appel. Elle nous rejoint, le sourire aux lèvres. Quelle bouche !

Elle se plante devant moi et me tend la main en disant :

— Sonia Velasquez, je suis la nouvelle directrice des ressources humaines.

J’essaie de lui répondre, mais les mots restent collés dans ma gorge sèche. À la deuxième tentative, je parviens néanmoins à bafouiller: « Ravi de vous rencontrer enfin ! ». Au moment où je m’apprête à décliner mon nom et ma fonction, elle m’interrompt d’un geste :

— Je sais qui vous êtes.

Une lueur traverse ses yeux. Un petit recoin de mon estomac se crispe de plaisir. Sonia sait donc que, fort de mon expertise financière, je rapporte plus à la boîte que tous mes collègues réunis. Et peut-être a-t-elle déjà eu vent aussi de mes aptitudes particulières en matière de débit, d’inflation, de spéculations précoces et de liquidités…

— Asseyons-nous, propose-t-elle.

Elle prend place dans le canapé. Alors que je me dirige vers elle, Christian me coupe l’herbe sous le pied ! Sale traître ! Dégoûté, je me rabats sur le fauteuil.

Finalement, je ne perds pas au change : Mes genoux ne frôleront pas ceux de Sonia, mais je pourrai admirer ses yeux et sa bouche. Mon Dieu, sa bouche !

— J’ai demandé à Christian de nous réunir pour discuter avec vous d’un sujet important.

Décidément, mon karma est au bord de l’explosion ! Après avoir réprimé un sourire triomphant, je réponds d’un ton modeste :

— J’imagine qu’il s’agit de ma demande de poste à l’étranger…

Elle secoue la tête.

— Pas du tout. Cependant, vous brûlez pour le « poste ». Ajoutez « de police » et bingo !

Les yeux fixés sur ses lèvres, j’ai zappé la fin de sa phrase. Il m’a semblé l’entendre parler de « Police »… J’ai dû me tromper !

— Excusez-moi, je n’ai pas bien compris…

Elle me lance un regard que je n’arrive pas à déchiffrer et laisse tomber un dossier épais sur la table basse. J’ai soudain l’impression que l’ambiance s’est rafraîchie. Je jette un coup d’œil à Christian, il détourne la tête et se plonge dans la contemplation de son cendrier. Que se passe-t-il ?

— Juste avant son départ, monsieur Fourest m’a remis ces documents en me conseillant de les traiter en urgence.

Je ne comprends pas un mot de ce qu’elle raconte. De qui parle-t-elle ?

Ayant dû voir que j’étais complètement perdu, Christian vient à mon secours. Pendant que Sonia fait de la spéléologie dans son sac à la recherche d'un stylo, il me chuchote un mot. Il parle si bas que je n'entends pas et je ne capte rien non plus à ses mimiques : pourquoi se caresse-t-il le menton en faisant mine de le tirer vers le bas?

Ma parole, ils sont tous les deux complètement cinglés ! Agacé par mon désarroi, Christian s’énerve et s'écrie : « Le Père Fouras ! ».

Bien sûr ! J'étais tellement habitué à utiliser ce sobriquet que j’en avais oublié le vrai nom de notre ancien DRH !

Lorsque je lève la tête, je sursaute. Miss Univers nous observe. Depuis un moment, à mon avis... Ses bras croisés et son air pincé ne présagent rien de bon.

— Vous avez terminé vos simagrées ?

Waouh, cette voix qui claque me donne des frissons ! Même si mon interlocutrice a perdu de sa jovialité, elle a gagné en autorité. Je n’y suis pas habitué, mais j’adore !

— Pardonnez-moi, dis-je, je demandais des explications à Christian, la conversation m’a un peu décontenancé.

— Je vais donc vous expliquer clairement la situation. Ce dossier contient 12 plaintes pour harcèlement dirigées contre vous.

Comme dirait Céline, « j’ai compris tous les mots, j’ai bien compris, merci ». Mais, bizarrement, ils ne provoquent aucune réaction en moi. Il me semble même que mon champ de vision se rétrécit. Est-ce un effet secondaire du coup de foudre ?

La voix de Sonia me parvient à travers un brouillard cotonneux :

— On m’avait dit que vous aviez l’esprit vif, je commence à en douter…

Une douleur dans le bras me ramène à la réalité. Christian vient de me donner une bourrade. Mes paupières papillonnent, je déglutis bruyamment, puis demande :

— Vous pouvez répéter, s’il vous plaît ?

La nouvelle DRH pousse un long soupir et s’exécute :

— Depuis votre embauche, il y a trois ans, 12 femmes ont signalé à la direction des ressources humaines qu’elles avaient subi de votre part des agissements sexistes ainsi que du harcèlement moral et sexuel. À l’époque, Monsieur Fourest n’avait pas jugé bon de donner suite. Il a manifestement changé d’avis. Je m’en réjouis d’ailleurs car, dans le contexte actuel, ce genre d’affaires peut couler une entreprise. Au mois de mars, l’index de l’égalité femmes-hommes va prendre effet et je veux tout faire pour que nous passions cette étape avec succès.

Alors que sa voix me parvient comme étouffée, un souvenir remonte à la surface : le pot de départ de notre ancien DRH en fin d’année. La chemise rouge de ce dernier, tendue sur son ventre proéminent faisait ressortir sa barbe blanche. Son crâne chauve luisait sous les néons de la salle de réception. Pris d’une soudaine inspiration, je m’étais écrié : « Bernard, c’est la réincarnation du Père Fouras et du Père Noël ! ». L'intéressé m’avait lancé un regard noir. Je crois que c’est à ce moment-là qu’il a décidé de sortir mes cadavres de son placard…

Je suis envahi de sueurs froides. Il me semble même que je commence à trembler.

Des doigts claquent tout à coup devant mon visage. Je tressaille et reprends conscience de ce qui m’entoure : Christian qui m'observe les yeux écarquillés et Miss Univers qui fronce les sourcils.

Ça sent le roussi…

— J’ai confié à mes collègues le soin d’enquêter sur ces plaintes. En attendant que la lumière soit faite, vous êtes mis à pied. Je ne veux plus vous voir dans les locaux de l’agence. De toute façon, vous allez être bien occupé : je vous ai inscrit à un stage.

Devant mon air hébété, elle précise :

— C’est comme pour le permis de conduire ! Quand on a perdu ses points à cause d’un excès de vitesse ou d’une sortie de route…

La sonnerie de son téléphone l’interrompt. Elle repart dans le couloir. Je me tourne vers Christian.

— Je n'arrive pas à –y croire ! J’ai l’impression de flotter au-dessus de mon corps. Et puis pourquoi compare-t-elle avec une sortie de route ?

Pâle et transpirant, Christian laisse échapper un ricanement nerveux et murmure :

— En l’occurrence, il s’agissait plutôt d’une sortie de biroute…

Trop de tension pour mon CriCri, il est en surchauffe, on frise le court-jus…

La monitrice d’auto-école revient sur ces entrefaites, me vrille de son regard impérieux et conclut :

— Vous allez passer les quatre prochaines semaines en compagnie d’une coach spécialiste de l’égalité femmes-hommes.

Je crois que je vais m’évanouir.

 Adriana Kritter - Tous droits réservés

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A suivre !